Munitions chimiques : découverte et conduite à tenir

by DEMINETEC.

Une munition chimique est un obus, une bombe ou une grenade dont le chargement n'est pas seulement explosif mais toxique : ypérite (gaz moutarde), phosgène, chlore, composés arséniés. En France, la quasi-totalité des munitions chimiques découvertes datent de la Première Guerre mondiale et proviennent des secteurs de l'ancien front. Elles relèvent d'une procédure spécifique : on ne les touche pas, on ne les déplace pas, on alerte les autorités, et leur prise en charge relève de l'État.

Cette page présente ce qu'il faut savoir avant et pendant un chantier sur un terrain exposé : familles de munitions chimiques, indices d'identification, conduite à tenir, circuit de prise en charge par la sécurité civile et le ministère des Armées, et mesures que DEMINETEC intègre à ses études de sécurité pyrotechnique et à ses chantiers de dépollution pyrotechnique.

Qu'est-ce qu'une munition chimique ?

Une munition chimique associe une enveloppe (obus, bombe, grenade, mine), un agent toxique et une charge de dispersion, souvent faible, destinée à ouvrir l'enveloppe et à répandre l'agent. C'est cette charge réduite qui distingue la plupart des obus chimiques des obus explosifs de même calibre. La munition reste toutefois une munition non explosée au sens pyrotechnique : elle comporte une fusée, une charge et peut fonctionner.

La convention sur l'interdiction des armes chimiques, signée à Paris en 1993 et entrée en vigueur en 1997, classe ces objets parmi les « armes chimiques anciennes » lorsqu'ils ont été produits avant 1925. Les États parties déclarent ces armes à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui contrôle leur stockage et leur destruction.

Les familles d'agents rencontrées

Les suffocants : chlore et phosgène

Le chlore est le premier agent employé massivement, à Ypres le 22 avril 1915, d'abord par vagues dérivantes à partir de bouteilles, puis par obus. Le phosgène et le diphosgène, plus toxiques, lui succèdent dans les obus d'artillerie. Ces agents agissent sur les poumons. Dans les obus anciens, le phosgène est le plus souvent dégradé, mais rien ne permet de le présumer sur le terrain.

Les vésicants : l'ypérite

L'ypérite (sulfure d'éthyle dichloré, dite gaz moutarde) apparaît en 1917, près d'Ypres, d'où son nom. C'est un liquide huileux, persistant, qui provoque des brûlures de la peau, des yeux et des voies respiratoires avec un délai d'apparition de plusieurs heures. Sa persistance explique qu'elle reste le principal danger des munitions chimiques retrouvées aujourd'hui.

Les sternutatoires : les arsines

Les composés arséniés (diphénylchlorarsine et dérivés) étaient destinés à traverser les masques et à provoquer éternuements et vomissements. Au-delà de leur toxicité aiguë, ils laissent dans les sols et les eaux une pollution à l'arsenic qui intéresse aussi les études environnementales.

Les marquages

L'armée allemande identifiait ses obus chimiques par des croix peintes de couleur (croix verte pour les suffocants, jaune pour les vésicants, bleue pour les arsines), et les autres belligérants employaient leurs propres marquages. Après un siècle dans le sol, ces marquages ont le plus souvent disparu. Ils ne servent donc qu'à confirmer, jamais à exclure.

Où trouve-t-on des munitions chimiques en France ?

Les découvertes se concentrent dans les départements de l'ancien front de 1914-1918, du Nord à l'Alsace en passant par la Somme, l'Aisne, la Marne, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle, ainsi que sur les anciens dépôts de munitions et les zones de stockage ou de destruction de l'après-guerre. L'étude historique pyrotechnique est l'outil qui permet de savoir si un terrain a été exposé à des tirs d'obus chimiques ou a accueilli un dépôt, à partir des archives, des journaux de marche et des photographies aériennes.

Le littoral et les fonds marins sont aussi concernés : des munitions, dont des munitions chimiques, ont été immergées après les guerres, comme sur le banc du Paardenmarkt au large de Knokke-Heist en Belgique. Pour les zones portuaires et maritimes, les investigations sont conduites par SEMTEC, spécialiste de la dépollution UXO sous-marine.

Découverte d'une munition chimique : la conduite à tenir

1. Ne pas toucher, ne pas déplacer. Une munition chimique corrodée peut fuir au moindre mouvement. Ne pas la retourner, ne pas la secouer, ne pas la nettoyer, ne pas la photographier de trop près.

2. S'éloigner au vent et isoler. Se placer en amont du vent, éloigner les personnes, interdire l'accès et baliser à distance. Arrêter les engins à proximité.

3. Alerter. Appeler le 17 ou le 112. La police ou la gendarmerie alerte le centre de déminage de la sécurité civile, qui organise la levée de doute et l'enlèvement.

4. Traiter les expositions. En cas de contact avec un liquide ou de perception d'une odeur, retirer les vêtements touchés, se laver abondamment à l'eau et consulter, en signalant l'exposition possible à une munition chimique.

5. Consigner. Noter la position exacte (coordonnées GNSS si possible), la profondeur, l'état apparent et les circonstances de la découverte. Ces éléments servent aux démineurs et, sur un chantier, au rapport de l'opération.

La conduite générale face aux munitions non explosées est détaillée sur notre page munitions non explosées (MNE / UXO).

Le circuit de prise en charge par l'État

Selon le rapport du Sénat consacré au déminage, la gestion des munitions chargées en agent chimique est partagée entre les démineurs de la sécurité civile et le ministère des Armées. L'article R. 733-2 du code de la sécurité intérieure confie à la sécurité civile la collecte, le transport et le stockage de ces munitions dans l'attente de leur destruction. Les démineurs collectent chaque année entre 10 et 15 tonnes de restes de guerre chargés en agents chimiques. Chacun des 26 centres de déminage les achemine vers le centre de Suippes (Marne).

À leur arrivée, les munitions sont recensées et identifiées par levée de doute, étiquetées et stockées dans l'attente du contrôle annuel de l'OIAC, puis de leur destruction. La destruction des munitions transportables et la gestion des déchets qui en résultent relèvent du ministère des Armées.

La destruction est assurée par l'installation SECOIA, construite sur la zone sud du camp militaire de Mailly (Aube) pour détruire ces munitions sans intervention humaine directe, avec une capacité de traitement maximale de 42 tonnes par an d'après la préfecture de l'Aube. Le rapport du Sénat indique que l'usine a été mise en service en 2018 et que 1 936 munitions y avaient été détruites, dont 552 en 2023.

Chantiers en zone à risque chimique : les mesures à prévoir

Sur un chantier de bâtiment ou de génie civil relevant du décret n° 2005-1325 du 26 octobre 2005 modifié, la présence possible de munitions chimiques se traite dans l'étude de sécurité pyrotechnique, au même titre que le risque explosif. Elle modifie concrètement l'organisation du chantier :

Avant les travaux

L'étude historique qualifie le risque chimique (tirs d'obus à gaz, dépôts, zones de destruction). Le diagnostic pyrotechnique localise les anomalies magnétiques et permet de concentrer les précautions sur les zones et profondeurs à risque. L'ESP définit la conduite à tenir en cas de découverte, les zones de repli au vent, les moyens d'alerte et les équipements de protection.

Pendant les travaux

Les terrassements en zone exposée sont réalisés par passes contrôlées, sous surveillance pyrotechnique, avec des opérateurs formés à la reconnaissance des indices de chargement chimique et équipés selon l'analyse de risque. Toute munition suspecte est laissée en place, balisée et signalée. Les travaux reprennent sur la zone après l'intervention de la sécurité civile.

Après les travaux

Le rapport de fin de travaux et l'attestation de dépollution pyrotechnique mentionnent les munitions chimiques rencontrées, leur position et leur prise en charge. Pour les sols, la question d'une pollution chimique résiduelle (arsenic notamment) peut justifier une étude environnementale distincte.

Ce que fait DEMINETEC

DEMINETEC intervient en amont et pendant les chantiers sur les terrains exposés : étude historique, diagnostic par magnétométrie, étude de sécurité pyrotechnique intégrant le risque chimique, sécurisation des terrassements et des forages, localisation et signalement des munitions suspectes. DEMINETEC ne manipule pas et ne détruit pas les munitions chimiques : leur prise en charge relève de la sécurité civile et du ministère des Armées. Les termes techniques (UXO, MNE, REG, AXO) sont définis dans notre lexique de la dépollution pyrotechnique.

Questions fréquentes sur les munitions chimiques

Comment reconnaître un obus chimique ?

On ne le reconnaît pas avec certitude à l'œil. Les indices sont un liquide qui clapote quand l'objet est déplacé (ce qui ne doit justement pas être fait), une charge explosive apparemment faible au regard du calibre, des bandes ou croix peintes, des traces de fuite, des cristaux ou une odeur inhabituelle. Les marquages sont le plus souvent effacés par un siècle de corrosion. Dans les secteurs de l'ancien front, tout obus dont le chargement n'est pas identifié doit être traité comme potentiellement chimique.

Que faire si je découvre un obus chimique ?

Ne pas le toucher, ne pas le déplacer, ne pas le nettoyer. S'éloigner en restant au vent, interdire l'accès, noter l'emplacement et appeler le 17 ou le 112. La police ou la gendarmerie alerte le centre de déminage de la sécurité civile compétent. Une personne ayant touché l'objet ou ayant été exposée à un liquide ou à une odeur doit se laver abondamment à l'eau et consulter, car les effets de l'ypérite peuvent n'apparaître qu'après plusieurs heures.

Qui prend en charge les munitions chimiques découvertes en France ?

Selon le rapport du Sénat consacré au déminage, l'article R. 733-2 du code de la sécurité intérieure confie à la sécurité civile la collecte, le transport et le stockage des munitions chimiques dans l'attente de leur destruction. La destruction des munitions transportables et la gestion des déchets relèvent du ministère des Armées.

Où sont détruites les munitions chimiques anciennes ?

Dans l'installation SECOIA, construite sur la zone sud du camp militaire de Mailly (Aube) et conçue pour détruire ces munitions sans intervention humaine directe. Le rapport du Sénat indique une mise en service en 2018 et 1 936 munitions détruites, dont 552 en 2023.

Combien de munitions chimiques sont découvertes chaque année ?

Le rapport du Sénat indique que les démineurs de la sécurité civile collectent chaque année entre 10 et 15 tonnes de restes de guerre chargés en agents chimiques, acheminés vers le centre de Suippes (Marne).

Une entreprise de dépollution pyrotechnique peut-elle détruire une munition chimique ?

Non. Le rôle d'une entreprise comme DEMINETEC est de détecter, localiser, sécuriser et signaler, dans le cadre d'une étude de sécurité pyrotechnique qui prévoit le risque chimique. La prise en charge de la munition relève des services de l'État.

Les munitions chimiques sont-elles encore dangereuses après un siècle ?

Oui. L'ypérite et les composés arséniés persistent, et la corrosion de l'enveloppe peut provoquer une fuite au moindre choc ou à la mise à l'air. Une munition chimique qui fuit est aussi plus difficile à transporter, ce qui complique sa prise en charge.

Pour un projet sur un terrain potentiellement exposé aux munitions chimiques, contactez DEMINETEC : 285 avenue Marcel Paul, 83500 La Seyne-sur-Mer — +33 9 52 51 00 63. En cas de découverte, appelez d'abord le 17 ou le 112.